Le Sinthome Politique, p. 353
L’aporie se montre dans la question de l’art contemporain, l’art “desartifié”, comme dit Adorno. Ce que le Mythe donnait, politiquement, il l’assurait non seulement par l’art, mais à l’art. Que le déclin de la poésie grecque ait coïncidé avec le triomphe de la philosophie doit être assumé et par la philosophie, et par l’art: c’est exactement ce qu’il a fait, de Sade à Gyotat et Lacoue-Labarthe en passant par Baudelaire et Bataille ; mais c’est bien ce qui échappe aux rédempteurs stalininens de Wagner comme ça a échappé à Wagner lui-même. Le Mythe, tel qu’il organise la politique, l’être-en-commun de la Cité, garantit la pérennité d’un grand art en donnant une ou deux figures à l’art (Ulysse, Œdipe, la crucifixion, les apôtres…). L’art grec en a vécu et en est devenu “l’immortel” qu’il est, l’art chrétien, et beaucoup plus longtemps encore, aussi. Le Mal, dans l’art contemporain, se contresigne par l’absence de figure: la défiguration, de Goya à Bacon (par exemple), parce que d’Auchwitz aux faméliques éthiopiens, des corps et visages fondus d’Hiroshima aux enfants vietnamiens, la défiguration archi-politique que la Technologie, savoir l’Universel scientifique “positif”, a produit de toujours sur des corps politique, esclaves et martyrs, les singularisant par là dans l’anonymat d’innombrable bans, est devenue littérale.
The aporia shows itself in the question of contemporary art, art “de-artified” as Adorno says. That which the Myth gave, politically, wasn’t assured only by art but to art. That the decline of Greek poetry coincided with the triumph of philosophy must be assumed both by philosophy and by art: it’s exactly what it has done, from Sade to Gyotat and Lacoue-Labarthe by way of Baudelaire and Bataille ; but it’s well what escapes the Stalinist redeemers of Wagner, like it escaped Wagner himself. Myth, such as it organises politics, the being-in-common of the City, guarantees the perennity of a great art by giving one or two figures to art (Ulysses, Oedipus, the crucifixion, the apostles…). Evil, in contemporary art, countersigns by the absence of figure: the defiguration, from Goya to Bacon (for example), because from Auchwitz to starving Ethiopians, the melted faces and bodies of Hiroshima to Vietnamese children, the archi-political defiguration that Technology, meaning the “positive” scientific Universal, has produced since always on political bodies, slaves and martyrs, singularizing them in the anonymity of innumerable bans, has become literal.